Dictionnaire historique des rues de Sainte-Adresse.

L’APSA publiera, au début de l’année 2013, un « Dictionnaire historique des rues de Sainte-Adresse ». Précédé d’une étude de la voirie dès l’apparition du cadastre de 1828, et sur les grands axes de communications, ce dictionnaire sera agrémenté d’un support iconographique volumineux et inédit. La parution de ce livre coïncidera avec une exposition qui se tiendra dans l’Espace Claude-Monet à Sainte-Adresse.

RUE DU ROI-ALBERT

Longueur : 450 m.

Dès sa création en 1867, le chemin de Grande communication 32, qui relie sur une longueur totale de 2.800 m la rue des Bains aux phares, érigés à l’extrémité ouest du cap, a été communément nommé « route de la Hève » sans que cette appellation ait été officiellement délibérée par le conseil municipal. Justifiant sa demande par l’augmentation importante des habitations qui avaient été créées le long de cette voie, et la difficulté qui résultait de ce fait à servir convenablement sa clientèle, le service des Postes et Télégraphes dépose une demande de division de désignation auprès des services municipaux. Par délibération du 27 février 1910, le conseil prend la décision de conserver pour la section inférieure de cette voie, qui s’étend de la rue des Bains à la place Frédéric-Sauvage nouvellement créée, la désignation de « route de la Hève », indiquant dans ce nom la direction du cap.

Cependant, à la suite de la défaite de la Belgique face aux armées allemandes à l’été 1914, le gouvernement belge demande asile à la France et s’installe jusqu’à la fin du conflit à Sainte-Adresse dans le bâtiment du Nice Havrais. Par sa délibération du 8 novembre 1914, le conseil municipal de Sainte-Adresse décide de renommer la « route de la Hève » en « rue du Roi-Albert », honorant ainsi le roi des Belges Albert Ier (1909-1934) et son épouse la reine Elisabeth (voir ce nom) en leur attribuant des noms de rues de la commune.

Edifices remarquables : Maison (n°3), Villas (n°14), (n°20), (n°26), (n°28), (n°30), (n°36), Villa des Baigneuses (n°38), Villa Saint-Georges (n°44).

ESPLANADE DES ANCIENS-COMBATTANTS.

Ce périmètre est situé entre les rampes d’accès à l’église Saint-Denis et la rue Albert-Dubosc devant la place Masquelier, ainsi nommé par délibération du conseil municipal du 27 septembre 2004.

A remarquer : une plaque en hommage à Michel Lieury, pilote des Forces françaises libres, héros dionysien de la Seconde guerre mondiale, et bienfaiteur de la commune.

RUE GUILLAUME-APOLLINAIRE

Longueur : 111 m.

Part de la rue Ambroise-Croizat (Le Havre) vers le sud.

Du nom du poète et écrivain français (1880-1918) ; ce nom a été accepté par le conseil municipal de Sainte-Adresse, à la demande de la mairie du Havre, dont dépend la plus grande partie de cette voie.

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Chronologie succinte du Nice-Havrais

Mars 1905 : Promesse de vente signée par Henri Dehors, au nom des héritiers de Désiré Dehors, au profit de Georges Dufayel, pour les terrains situés entre la plage et l’avenue du Président-Félix-Faure. Ces terrains, répartis en 18 parcelles, représentent une surface totale de 13,95 hectares.

 

13 mai 1905 : Georges Dufayel fait établir un premier plan de lotissement par Maurice Delahaye, géomètre expert (37 rue Joinville au Havre), qui reprend les parcelles définies par les vendeurs. Les noms de rues sont en partie modifiées : la Rue du Cap devient la rue Gustave Lennier, la rue du Barvalet prend le nom de boulevard Dufayel, la rue Désiré-Dehors est promue au titre d’avenue. Bordant le rivage, la rue de Saint-Denis laissera la place, quelques mètres vers le sud, à l’avenue des Régates ; sur le flanc ouest du future Palais du Commerce, la nouvelle rue de la Poste. Hormis le futur immeuble de la place qui prendra le nom de Frédéric-Sauvage, le projet de 1905 inclut le Palais du Commerce, le Palais des Régates, l’ensemble des parcelles à construire et servira de référence au nouveau quartier. Sur ce plan, apparaît le projet de ligne de tramway permettant d’atteindre les phares par le boulevard du président Félix-Faure.

21 janvier 1906 : Acte de vente par les Héritiers Dehors au profit de Georges Dufayel des terrains du futur « Nice-Havrais », d’une superficie de 16,55 hectares et pour un montant hors frais de 550.000 francs. L’acte de vente est réalisé par Me Fabre, notaire au Havre, successeur de Me Hellouin.

19 février 1906 : Adjudication dans les bureaux de l’architecte Ernest Daniel pour les travaux de viabilité des rues, avenues et boulevards, des égouts et escaliers en granit, des conduites d’eau et de gaz à réaliser sur le quartier du Nice-Havrais ; ces travaux seront réalisés entre mars et juin 1906.

17 mars 1906 : Décret du président Fallières autorisant la création d’un jardin d’agrément entre le boulevard du Président Félix-Faure et la rue du Cap (future rue Gustave-Lennier).

Avril 1906 : Georges Dufayel se rend acquéreur du restaurant Delamare et de la langue de terrain qui la borde au nord.

13 juin 1906 : Engagement d’échange des terrains entre Georges Dufayel et la commune ; Georges Dufayel cède les terrains de l’ancien restaurant Delamare, permettant ainsi de créer la nouvelle place Frédéric-Sauvage, et reçoit en compensation une section du boulevard du Président Félix-Faure,

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La batterie de l’Epi

La Batterie de l’Epi de Sainte-Adresse, située au pied des falaises de la Hève, a été établie sur un éboulement de falaise assez ancien. Elle était destinée à croiser ses feux avec ceux des batteries des Huguenots, de l’Epi à Pin et de la jetée du Nord. Classée par décret du 2 mars 1864, elle avait été construite sur les terrains d’une batterie plus ancienne, augmentée dans un premier temps par une acquisition réalisée en vertu d’une décision ministérielle du 23 juillet 1842, puis par acquisition de nouveaux terrains. Elle est déclarée d’utilité publique par décrets des 8 mai 1849 et 6 septembre 1859. Ces dernières acquisitions ont donné lieu à des jugements d’expropriation prononcés par le Tribunal civil du Havre le 25 novembre 1859.

La crête de la Batterie se trouvait à 23,75 m d’altitude. En 1884, son armement se composait d’un canon de 27, un canon de 24, deux canons de 16 et deux obusiers de 22 rayés et frettés.

En 1861, le Génie obtient un agrandissement de la batterie, par une expropriation de terrains situés à l’Ouest des casemates.

Au cours des années 1863 et 1864, une étude est réalisée pour permettre la construction d’un futur accès au plateau de la Hève, communément appelé : Chemin de Grande Communication n°32. Le service du Génie procède à cette époque à la mise en place de trois épis sur le domaine maritime et à l’édification d’une estacade pour protéger les terrains militaires.

Le 13 juin 1864, un jugement est rendu et fixe les indemnités aux propriétaires et locataires des parcelles expropriées pour l’établissement du Chemin Vicinal n°32 d’intérêt communal.

Au cours de l’années 1865, des conférences techniques se tiennent à l’initiative du service vicinal, de concert avec l’administration du Génie, avec M. Dehors et avec M. Matenas, propriétaire des Parcs aux huitres, pour essayer d’endiguer le glissement des terres à l’Ouest de la batterie. Au vu du procès-verbal de ces réunions, un arrêté préfectoral signé par M. Leroy en date du 22 août 1865, autorise des travaux de protection. Le service du Génie finance l’épi n° 5, situé au sud-est de son terrain, le service vicinal construit l’épi n° 6 à une distance de 50 m à l’est du précédent, et Désiré Dehors l’épi suivant qui portera son nom ; de plus, une estacade est édifiée, dans le prolongement de celle préalablement construite par le service du Génie, reliant la batterie aux établissements Matenas. L’acte administratif stipule expressément que l’entretien des ouvrages restera à perpétuité à la charge des intéressés. Un an plus tard, le génie fait construire un épi supplémentaire à l’Ouest des précédents, sur la pointe sud de l’ouvrage, et qui prendra le nom de Grand épi.

Le 12 décembre 1878, un éboulement considérable dans la falaise, sur le côté nord du lacet de la voie au dessus de l’ancien Parc aux huitres est constaté ; l’éboulement occasionne des affaissements de terrains sur des tronçons du chemin vicinal 32. M. Angu, agent voyer cantonal, considérant que cet éboulement est étroitement lié à des travaux d’excavations de 600 m3 de roches, établi à ce sujet un procès-verbal de contravention à l’encontre de M. Désiré Dehors.

En 1880, Désiré Dehors cède à M. Provost une parcelle de terrain située en bordure de rivage, pour un projet de construction par la société du Casino.

En juin 1881, des travaux importants d’excavation pour l’érection d’un casino déterminent des mouvements très inquiétants dans les massifs de basse falaise en dessous du Chemin vicinal n°32. Un mur de soutènement est construit dans l’excavation, mais retrouvé cassé en biais vers l’ouest quelques jours plus tard. Le chantier du casino est abandonné à cette période par décision préfectorale. Trois experts, MM. Perquer, Platel et Testu, sont nommés par ordonnance du tribunal civil du Havre à la demande du Préfet, et ont pour mission de constater l’état des lieux litigieux, rechercher les causes des fissures qui se sont produites entre le casino et le chemin n°32, les causes de l’affaissement du chemin, indiquer les moyens nécessaires pour remédier à cet état des choses et en empêcher l’aggravation, faire exécuter immédiatement sous leur surveillance les travaux jugés indispensables. Il ne fait alors aucun doute que ce sont les travaux de déblai du terrain de M. Provost qui sont cause de l’accident survenu au chemin, par le fait d’avoir négligé d’étayer les terres en temps utile, et s’en être préoccupé alors que le mal était déjà effectué. Propose l’étaiement des terres en déblai de la côte dans le terrain excavé de M. Provost et la construction d’un mur de soutènement des terres dans le vide de l’excavation, établi de façon à permettre l’écoulement des eaux pluviales, et la captation des sources apparaissant au cours de ces travaux par tuyaux en plomb, les dirigeant au loin afin d’éviter leurs effets de désagrégations dans le sol et les maçonneries.

Il est à noter que la Batterie de l’Epi se trouvait à l’emplacement exact de l’actuelle piscine de la Société des Régates du Havre, et que l’excavation pratiquée par M. Provost pour construire son Casino a été réalisée à l’endroit où a été érigé le palais des Régates après la 2nd guerre mondiale.

Le 2 juillet 1881, l’agent voyer de l’arrondissement du Havre établi un rapport, reprenant les conclusions des experts, et qui présente une évaluation des frais à réaliser pour effectuer les travaux de consolidation : Construction d’un mur de soutènement (fouilles, pieux, mur en moellons, conduites d’eau, remblai, empierrements, etc) : 100.000 francs, et établissement d’un perré devant le banc d’argile : 25.000 F (la partie de falaise ébranlée par les travaux du casino représente une surface approximative de 10.000 m², dont la hauteur moyenne peut être évaluée sur la couche glissante à 15 m, soit une masse énorme de 150.000 m3 en mouvement)…

Le 7 novembre 1881, le Préfet demande à l’agent voyer en chef (Rouen), en accord avec le ministre de la guerre, d’éviter une poursuite en instance qui pourrait être onéreuse et obtenir de M. Provost une forte indemnité à l’amiable. Trois jours plus tard, un jugement est donné, condamnant solidairement le propriétaire, l’architecte et l’entrepreneur à exécuter les travaux nécessaires.

Le 22 décembre 1882, les travaux n’ayant pas été réalisés, le polygone ABCDEFGHI qui appartient à M. Provost se trouve vendu par décision du tribunal, et acheté par M. Dehors (ancien propriétaire) par adjudication pour la somme de 6.850 francs.

Le 20 janvier 1883, l’agent voyer d’arrondissement AUGU effectue un rapport complet, destiné à ses supérieurs hiérarchiques, concernant les causes des mouvements de terrains constatés depuis les travaux d’excavation pour la construction du Casino de Sainte-Adresse. Pour éviter de nouvelles déconvenues qui pourraient concerner la Batterie de l’Epi, le ministère de la Guerre obtient alors par décret du tribunal, qu’une expropriation soit notifiée à M. Dehors. Le 6 mai 1883, ce dernier obtient 9.900  F de dédommagement (environ 50% de plus-value – il en demandait 34.692 F, se basant sur la future explosion des prix déterminée par la construction prochaine du Boulevard maritime)

Au mois d’août 1909, des violentes tempêtes arrachent les bancs de galets couvrant la plage au sud-est de la batterie et dénudent l’estacade de protection du rivage sur une hauteur de 3 m ; les planches qui la constituent sont enlevés par les flots et d’importantes masses de terre glissent sur la grève.

En 1929, l’emplacement de la Batterie forme un vaste terre-plein, sensiblement horizontal du Nord jusqu’aux casemates, avant de s’incliner en pente rapide jusqu’à la mer ; sa surface totale est de 8662 m². Elle comprend 4 casemates voutées divisées en 2 ou 3 pièces de surface variant de 14 à 45 m² pour la plus étendue ; un réduit central, casematé et vouté recouvert de terrasse, divisé en 11 pièces et d’une surface de 380 m² ; un bâtiment en briques, toiture en terrasse, ayant 36 m² de surface ; un petit bâtiment de 2,88 m² contigu au précédent avec toiture en béton armé ; un bâtiment en briques de très mauvais état, toiture en bois recouvert de carton bitumé, d’une surface de 6 m² ; deux autres bâtiments en maçonnerie de briques, toitures en tôle ondulée et de surface respective de 66 et 17 m² ; un dernier bâtiment, ancien water-closet, à l’état de ruines…

D’autres bâtiments, qui existaient auparavant, ont été détruits par l’éboulement de la falaise ou emportés par la mer. Les ouvrages de protection contre la mer font également partie des bâtiments et sont constitués du Grand épi, réalisé en béton armé et maçonnerie, remis en état par le service du Génie en 1866, des épis 2, 3 et 4 construits en 1863 et d’une estacade, partie en charpente, partie en maçonnerie, édifiée en bordure de mer au droit du terrain.

La Batterie n’ayant plus d’intérêt stratégique, les immeubles qui la constituent passent dans le domaine militaire privé. Un procès-verbal d’affermage par adjudication publique, pour 3, 6 ou 9 ans, a lieu le 29 janvier 1929. Pas moins de 32 lots sont ainsi attribués, constitués de parcelles intéressant le voisinage direct ou de petites surfaces pour commodités personnelles. Ainsi, M. Godet, habitant la villa Les Flots, se voit attribuer une parcelle contigüe à sa propriété, de 320 m² pour une redevance annuelle de 800 F ; M. Florentin Gueroult, habitant rue Marie-Talbot, obtient deux parcelles pour y installer des cabines de bains, situées au Sud et au Sud-est, de surface totale de 974 m², pour un montant de 5.800 F annuel ; au Sud également, MM. Mesnil et Simon obtiennent des surfaces plus réduites mais de destination identique ; MM. Ramelot et Perrochon seront plus discrets, leur demande concernant un simple emplacement pour y échouer leur barque de pêche, soit 0,15 m² : ils seront entendus pour 10 F annuels.

A la suite de la loi du 28 mars 1933 autorisant le déclassement et l’aliénation des ouvrages de la Batterie, son déclassement a lieu le 12 mai 1934 (J.O. page 4706) et l’aliénation quelques semaines plus tard. Le 28 janvier 1838, le conseil municipal de Sainte-Adresse sollicite d’urgence son acquisition amiable contre un versement de 5.000 F, pour entreprendre un travail immédiat de défense contre la mer et d’amélioration de la voirie ; un arrêté préfectoral abonde dans ce sens une semaine plus tard, arrêté qui est suivi d’une adhésion du Ministre de la Guerre par dépêche du 30 octobre suivant (n°29.625 2/4). Ce même jour la vente est signée dans les locaux de la Préfecture pour un montant de 5.000 F. Cette date correspond à l’extinction des différents baux signés par le Service du Génie.

Une vente aux enchères publiques est organisée par l’état le 5 juillet 1938 ; elle concerne le terrain situé à l’ouest de la batterie, d’une contenance de 5.782 m², cadastrée sous les numéros 438p et 440p de la section A, bornée au nord par la rue Maurice Taconet, au sud par le rivage de la mer, à l’est par un chemin d’accès à la plage et la propriété de M. Reinhardt, à l’ouest par la Société des Régates du Havre, ainsi que les ouvrages de protection contre la mer. La mise à prix est fixée à 75.000 F.

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Georges Dufayel

Le 21 janvier 1906, Georges Dufayel fait l’acquisition de 16 hectares de basses falaises appartenant aux héritiers Dehors. Tout a été dit sur le personnage : commercant, bâtisseur, mais aussi patron arriviste et « tourmenteur des pauvres ». Les journaux du début du XXe siècle donnaient eux-mêmes des informations erronnées – que l’on pourrait parfois qualifier de mensongères – et qui ont été reprises dans la mémoire collective actuelle. « Georges Dufayel a épousé la veuve de son ancien patron »… il n’a jamais été marié ! « Georges Dufayel s’est suicidé après avoir fait faillite »… Il est décédé en décembre 1916 d’une pneumonie foudroyante, en laissant une fortune considérable qui a fait le bonheur de ses héritiers et… des services fiscaux !

Alors, qui était-il réellement ?

Georges Dufayel est né le 1er janvier 1855 à Paris, de parents d’origine normande, son père exercant la profession d’employé de commerce dans un magasin du Nord de Paris : le Palais de la Nouveauté. A l’âge de 16 ans, il est embauché dans ce magasin, fondé par un commerçant avisé : Crépin ; on peut relever beaucoup de similitudes dans les carrières de Crépin et Dufayel, qui ont 30 ans de différence d’âge.

François Crépin est lui aussi normand, né à Vidouville en 1824. Après 7 ans de service militaire, en 1853, cet homme monte un petit commerce d’argenteur, c’est-à-dire de photographie : la photo connait alors un développement fulgurant ; tout le monde veut se faire tirer le portrait, l’offrir à sa famille, mais… ça coûte cher. Crépin propose alors : « Je vous tire vingt portraits, vous m’en payez un, vous emportez les dix-neuf autres, et vous m’en payez un par mois ».

Et cela marche, cela marche même très bien : une forme de crédit est née, le crédit par abonnement. Crépin voit aussitôt le parti qu’il peut en tirer, et crée un magasin en 1856 où il vend tout ce qui concerne le ménage, la toilette… mais pas d’alimentation. Le système fonctionne aussi bien que pour les photos. Il achète un magasin plus grand, puis un autre, puis en 1872 un terrain sur le boulevard d’Ornano où il fait construire un grand magasin par l’architecte Lebègue, le Palais de la Nouveauté. C’est l’époque où Georges Dufayel entre dans l’entreprise

Georges Dufayel va y faire carrière très rapidement : chef de service, directeur, il sera à l’âge de 30 ans associé de Crépin qui avait alors changé de nom et était devenu en 1878 « Crespin aîné de Vidouville (Manche) ». On retrouvera ce souci de respectabilité chez Georges Dufayel.

Mais le patron est malade. Ses médecins l’envoient en cure en Algérie, où il meurt en 1888. Crespin aura droit à des funérailles grandioses, un monument au cimetière du Père Lachaise. Georges Dufayel prend les rênes de l’entreprise et en devient le patron.

L’administration Crespin assurait le crédit de la Samaritaine, un grand magasin créé par les Cognac-Jay, qui étaient de vrais philantropes, vendant à prix coutant au comptant comme à crédit… Georges Dufayel, en bon commerçant, souhaite que Cognac-Jay s’engage sur de plus longues durées : il refuse. Alors, Georges Dufayel annonce qu’il va créer un magasin populaire monstre. (Cognac-Jay rachète une petite banque qui lui assurera son crédit : la Semeuse)

Voilà l’origine des Grands Magasins Dufayel, que Georges Dufayel fait construire par son architecte Rives, et développer par étapes successives sur les terrains voisins. Rives voit grand, utilise tous les procédés de constructions légères, installe le chauffage à air pulsé, le chauffage au gaz, puis, apprenant qu’on peut installer des transformateurs, l’électricité.

La réussite de Georges Dufayel repose sur la conjonction de 3 activités qui s’épaulent mutuellement et se renforcent : La publicité, les grands magasins et le crédit.

La publicité : en 1887, avant la mort de Crespin, Georges Dufayel avait fondé l’Affichage National, et obtenu deux années plus tard, en 1889, la concession exclusive le la publicité de l’enceinte de l’exposition universelle. A cette époque, la publicité était réalisée par prospectus et par affiches ; les prospectus étant donnés par réseau de distribution, les affiches en conservation ou aléatoire. Georges Dufayel change le système et invente la publicité sur les palissades, s’assure de multiples surfaces pour son affichage et obtient une concession sur les murs aveugles de Paris. Il réalise alors les plus grands affiches de l’époque, dont une qui marquera les esprits : Tournée de Buffalo Bill sur 30,40 m². Il affiche l’ensemble de ses procédés sur le papier à lettres utilisé par les Grands Magasins. Et il assure sa propre publicité par de nombreuses éditions : Catalogue des Grands Magasins, Indicateur Dufayel et l’Affichage National. On trouve alors de la publicité dans les stations balnéaires : Trouville, Cabourg…

Le mot d’ordre est : « Fixer dans la mémoire en frappant les yeux ».

Les Grands Magasins : des agrandissements successifs sont réalisés en extérieur (construction d’un dôme), mais également en intérieur : un hall de 14 m de large, 14 m de haut sur 60 m de long, et de chaque côté des galeries de 5 m. Une ossature en fer est utilisée et un superbe escalier en fer permet d’accéder aux étages. La décoration est lourde et ostentatoire. Dans les magasins, on trouve de tout : beaucoup de meubles, les pianos à queue côtoient les bicyclettes, des rayons les plus divers, à l’exception des vêtements et de l’alimentation.

Et chaque fois que de nouvelles fabrications ou solutions techniques apparaissent, elles y sont inclues.

Le système Dufayel.

Il rassemble toutes ses entreprises au sein d’une administration qui trouve sa place à côté des Grands Magasins dont la publicité s’étend partout : Sur les grands magasins, sur les murs, sur les toits, sur les boites aux lettres, dans les wagons de chemin de fer, sur les panneaux proches des gares, sur les voitures de livraison, dans « l’indicateur Dufayel » !

La technique Dufayel, c’est le matraquage en attirant la clientèle dans les grands magasins par la création de spectacles, concerts, opéras, de cinéma, films de Lumière (Jean Renoir y a découvert le premier film de Mélies)

C’est un homme d’affaires à l’imagination débordante, commerçant à l’ascension fulgurante, dont la réussite et la richesse s’affiche partout, mais dont l’origine modeste le poussent à rechercher reconnaissance et respectabilité. Il se veut social, offre les robes de mariées à ses employées, réalise chaque année des tombolas qui permettent aux employés de gagner… une maison.

Mais, grand patron et nouveau riche, il est la cible virulente des pamphlétaires, et d’une grève mémorable en 1905 qui prend fin rapidement. Sa devise affichée est alors : Bien faire et laisser dire.

Il aura cette réplique extraordinaire donnée à l’entretien échangé avec un journaliste lors d’une interview :

Dufayel – « On me reproche mon Palais des Champs Elysées. Mais de qui viennent ces reproches ? Des envieux, des riches, et non des humbles… »

Journaliste – « Quelque fondation charitable, cependant, un hôpital, une maison de secours, une maison de retraite, que sais-je, vous eussent valu, je pense, autant que le palais des Champs Elysées, sinon davantage, la gratitude de vos clients. »

Dufayel, avec un léger sourire – « Il est certain qu’un hôpital eut été plus utile aux Athéniens, durant la peste du Péloponèse, que ne l’a été l’Acropole » !!!!

En 1910, les Grands Magasins comptent : 15.000 employés, 800 abonnements et 3.500.000 comptes clients.

Georges Dufayel fait partie du Jury international de l’Exposition Universelle de 1900. Il est chargé de délivrer les prix de récompenses d’Initiatives publiques ou privées en vue du bien être des citoyens. Dans le petit catalogue délivré à cet effet, il est décrit ainsi : « M. Georges Dufayel, un fils de ses œuvres, qui a développé, après M. Crespin, le concept de crédit populaire, auquel les classes laborieuses sont redevables de jouissances auparavant inaccessibles et qui, s’il a, par son industrie, su porter sa maison à un haut degré de notoriété et de prospérité, a fait marcher au moins son ascension personnelle de front avec le bien-être de son innombrable personnel, tout en venant encore en aide au fonctionnement de beaucoup de bonnes œuvres, placées en dehors de son action directe. »

En 1906, Georges Dufayel fait l’acquisition de terrains de basses falaises au Sud du cap de la Hève à Sainte-Adresse, et entreprend sur ce site la construction d’un imposant ensemble architectural. Après avoir tracé les routes, canalisé les sources souterraines, mis en place un réseau d’égout, il fait construire par Ernest Daniel un Palais des Régates, un Palais du Commerce, des villas aux noms évocateurs, puis, après le décès de ce dernier, un monumental immeuble sur le nord de la place Frédéric-Sauvage, par Gustave Rives, architecte des Palais nationaux.

Ne se limitant pas à ce nouveau quartier du Nice-Havrais, il fait l’acquisition d’importantes parcelles de terrains sur le plateau du cap de la Hève et le vallon d’Ignauval pour développer de nouveaux projets – hippodrome, aérodrome,… qui seront tous supendus par le déclechement des hostillités mondiales.

Officier de la Lédion d’honneur, Georges Dufayel décède le 28 décembre 1916, sans alliance ni desendance, laissant une fortune considérable évaluée à plus de 50 millions de francs or (déclaration de mutation par décès n°277 du 20 mai 1922).

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Notre-Dame-des-Flots : les carnets de Roessler.

Amandus Roessler, jeune havrais de 14 ans, a sillonné Le Havre et ses environs avec son frère Gustave et un ami, Legambier, dans les années 1859-1863. Chaque promenade (illustrée de dessins) était consignée dans un des dix-huit carnets qu’il nous a laissés : les carnets de Roessler ont été retrouvés en 1980 par hasard à Londres, et ont été rachetés par la Bibliothèque municipale du Havre qui les a numérisés et où ils peuvent être consultés.

 Deux promenades concernent Sainte-Adresse.

1-     Le vendredi 19 août 1859  (trois semaines avant l’inauguration de la chapelle !)

« Nous allâmes ensuite à Notre-Dame des Flots en passant par le même sentier que la veille. Gustave avait sur lui un morceau de bougie… notre dessein était d’explorer les souterrains de la chapelle. Nous entrâmes dans la chapelle, et afin de n’être pas vus, nous allumâmes notre bougie au haut de l’escalier mystérieux… … A mesure que nous nous enfoncions sous terre, nous respirions une odeur nauséabonde. La bougie ne répandait qu’une lueur rougeâtre qui nous laissait à peine voir à 2 pas devant nous. Le couloir tourna subitement à gauche et nous entrâmes dans une cave très haute et plus longue que large. Le souterrain était éclairé par un carreau de verre très épais, placé au milieu des dalles qui servaient à paver l’église…

Nous allâmes nous asseoir sur l’herbe et nous prîmes des notes pour ne rien oublier…

Devant la chapelle il restait encore un échafaudage où des ouvriers étaient grimpés. Une poutre en dégringola et vint tomber au-dessus de la tête d’un ouvrier qui n’eut que le temps de se sauver et qui, le danger paré, s’écria : “ Elle m’a rasé le dos ! ”  Ensuite nous allâmes voir le presbytère qui est situé tout près de la chapelle et nous y vîmes un homme en train de sculpter la statue de Notre-Dame des Flots qui, sur son bras gauche, portait l’enfant Jésus, lequel tenait une barque entre ses mains. »

La description de Roessler est tout à fait exacte. Il y a dans la tourelle gauche un escalier qui descend à la crypte (où sera enterré l’abbé Duval Pirou quelques années plus tard)

2-     La promenade du jeudi 29 août 1861 les conduit à Bléville

« Je m’achetai moyennant 3 F 50 un ouvrage intitulé Guide du Touriste au Havre et aux environs par J. Morlent pour servir de complément à “ l’Histoire de ma vie ” ».

Je dessinai une partie du panorama qui se déroulait devant nos yeux, savoir le Pain de Sucre, la Chapelle de Notre-Dame des Flots, l’observatoire, les signaux de la Hève… cachés derrière les arbres et les phares. »

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APSA

Bienvenue sur le « site/blog » de l’Association pour le Patrimoine de Sainte-Adresse.

Nous vous proposons de découvrir, par quelques articles, certains travaux de recherches historiques réalisées par notre association. N’hésitez pas à apporter vos commentaires et, si vous le souhaitez, nous rejoindre pour développer nos travaux !

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